e s t é r e l
(texte complet)
l'exemple du parc du yellowstone
un jardin secret
le feu du magma
au temps des Oxubii
un travail de romain
les mystiques au désert
un repaire de brigands
le débarquement de 1944
le barrage de malpasset
tintin et l'île d'or
l'exemple du parc du yellowstone
En 1871, aux Etats-Unis, une
expédition géologique dirigée par Ferdinand
V. Hayden explore les merveilles du Yellowstone, dans le Montana.
Parmi les membres de l'équipe se trouvent un jeune peintre
Thomas Moran et un photographe de paysages, W.H. Jackson. Le
but de l'expédition : fournir aux membres du Congrès,
qui siègent à Washington, des pièces à
conviction visuelles, pour les convaincre - eux qui ne peuvent
faire un déplacement long et difficile - des beautés
extraordinaires que recèle cette région. Ceci afin
de protéger le Yellowstone de la fièvre minière
et affairiste qui s'est emparée des Etats-Unis et voter
la protection de cette zone. Jackson, le photographe, a emporté
trois chambres grand format, 20x25 cm., à plaques de verre
et un laboratoire de campagne monté sous la tente chaque
soir. A cette époque, la photographie est exclusivement
en noir et blanc. Au peintre, Moran, de traduire sur ses aquarelles
les couleurs des paysages magnifiques qui s'offrent à
leur vue. De retour à Washington, Hayden présente
les photographies et les peintures aux membres du Congrès,
médusés. Il demande la protection de la région
du Yellowstone. Le 1er Mars 1872, U.S. Grant, le Président
des Etats-Unis, signe l'acte officiel de la création du
Parc du Yellowstone, le premier parc naturel à être
créé au monde. Dans cette histoire, on le voit,
la photographie a joué un rôle de première
importance pour témoigner et pour convaincre les politiques.
Si mes photographies de l'Estérel pouvaient un tant soit
peu contribuer à faire évoluer les choses dans
un sens aussi favorable, j'en serais infiniment heureux. L'Estérel
est menacé par la gangrène immobilière,
urbaniste et industrielle. Pendant des décennies, aucune
mesure politique sérieuse n'a été prise
pour le protéger. Ce n'est que tout récemment,
en 1999, que l'Estérel a été classé,
ce qui a pour avantage de geler les programmes immobiliers. La
création du Parc Naturel Régional de l'Estérel
est en chantier. La mission a été confiée
à l'ARPE (Agence Régionale Pour l'Environnement).
Lorsque ce projet aboutira, la voie sera ouverte pour la création
d'un Parc National de l'Estérel. Alors, nous serons assurés
que les générations futures pourront continuer
à venir découvrir ses beautés au fil du
temps. L'Abbé Jean-Pierre Papon qui a effectué
un voyage dans la région au XVIII ème siècle
énumére les poissons qu'on pouvait trouver au large
de l'Estérel. Combien d'espèces ont-elles survécu
jusqu'à nos jours ?
"Le rouget, loculata (sole), la vive, le merlan,
le peis rei (poisson royal), le scarus
varius ou rouchau, le gerres, le serran, la perche de mer, la
dorade, le denti, les anchois (les
meilleurs se pêchent dans la mer de Fréjus), les
sardines, le mulet ou mujou, la vergadelle, le
turbot, le fanfre, le pageau, le tourd, lesturgeon (qui
remonte le Rhône), la pelamide, lorcyne, le thon,
lempereur ou poisson-épée, le veau marin
(qui fait en dormant un bruit semblable au meuglement des veaux
- doù son nom); aux îles de Lérins
on en voit qui sendorment au soleil, sur les bords de la
mer et quand un bruit les reveille, ils poussent un mugissement
et se culbutent dans leau, le dauphin, le requin, le marteau,
le serpent de mer, la murène, le silat (congre), le spondile
..." (Voyage de Provence. Ed. La Découverte,
1984).
Pour beaucoup de ces espèces
nous en ignorons jusqu'au nom. Tant qu'il en encore temps sauvons
ce qui peut encore être sauvé. Puissent mes photos
contribuer à la prise de conscience à tous les
niveaux, grand public ou responsables, que l'Estérel est
une région présentant des paysages aux caractéristiques
uniques en France et que ses beautés méritent enfin
d'être préservées.
un jardin secret
La Côte d'Azur est mon
port d'attache. J'y vis à peu de distance de l'Estérel.
Il me faut environ une heure de route pour me retrouver plongé
au coeur de la zone la plus sauvage. Beaucoup de visiteurs viennent,
parfois de très loin, pour retrouver une certaine Côte
d'Azur, celle des dépliants des agences de voyages. Je
n'aime ni les agglomérations surpeuplées, ni les
buildings du bord de mer, ni les palaces au charme suranné.
Si je vivais en Californie, sans doute aimerais-je le désert
de Mojave. J'aime l'Estérel. Je l'ai découvert
par une sorte de supposition écologico-photographique.
Et si l'Estérel constituait encore une espèce de
hâvre de paix, un refuge pour amoureux du naturel, une
enclave dans une civilisation dévorante ? Peut-être,
pourrais-je essayer de traduire mes visions en photographies
pour inciter à la visite, à la découverte,
ou pour servir de témoignage à ceux qui sont loin
et qui n'auront pas l'occasion de venir ? Des échappées
belles sur la Côte, il y en a. Il suffit de pousser vers
le Nord, dans ce qu'on appelle l'arrière-pays. On y trouve
de vieux villages, agrippés au rocher comme des serres
de rapaces, de fraîches ruelles, des fontaines sonores,
et partout autour des restanques où l'on bat les oliviers,
des potagers généreux et des vallées profondes
que parcourt la sauvagine. En levant les yeux, plus haut, on
aperçoit les sommets enneigés du Mercantour. La
vraie montagne. Pour s'y rendre, il faut en passer par cet étage
intermédiaire de la moyenne montagne, l'arrière-pays.
La Côte est ainsi faite : un bord de mer surpeuplé,
un arrière-pays d'altitude moyenne et moyennement peuplé,
les Alpes et ses sommets qui culminent à près de
3000 m. quasiment désertes, où les gens sont si
rares que lorsqu'ils se croisent sur les chemins ils se saluent
et prennent même le temps d'échanger quelques mots.
Paradoxe des paradoxes, l'Estérel est enserré dans
la bande côtière. Désert de roches rouges,
on y trouve pourtant la solitude de la haute montagne et ce,
à seulement quelques encablures de Fréjus, Saint-Raphaël
ou Roquebrune sur Argens. Pourquoi ? Vraisemblablement parceque
sur ses hauteurs il ne pousse rien. Les Romains avaient très
vite constaté le fait. Ils avaient nommé l'endroit
sterilis, d'où a dérivé le nom moderne
d'Estérel (le nom d'une tribu celto-ligure les Suelteri
qui occupaient la région voisine des Maures a peut-être
aussi exercé son influence sur cette dénomination).
Hormis sur ses contreforts où s'est déposée
une maigre terre qui permet la culture de vignes et bien entendu
dans les plaines, les hauteurs deviennent très vite arides.
Muni de cette hypothèse (écologico-photographique),
je suis donc parti un jour sur les sentiers de l'Estérel.
J'ai été surpris du contraste. Si près de
la civilisation, de ses routes, de ses villes engorgées
j'ai trouvé le silence, une nature intacte, un soleil
presque omniprésent, une mer étincelante et une
vue qui porte au-delà de l'horizon. Ces impressions, je
ne les partageais pas avec les visiteurs déversés
par autobus entiers en des lieux balisés, reconnus, où
les conduisent les loisirs organisés. Je trouvais des
chemins que plus personne nempruntait depuis bien longtemps.
Des chemins modestes, qui ne sont pas classés, que le
temps, les usages immémoriaux, les bergers et les troupeaux
ont gravé aux flancs des collines. Ces chemins de l'ancienne
sagesse. Tant de découvertes à faire en si peu
despace, une sorte de microcosme, presque un monde intérieur.
Un jardin extraordinaire si méconnu quil pourrait
être un jardin secret. Un jardin clos à limage
du paradis. Clos par la mer au midi, par les routes qui lencadrent,
par les Maures au couchant, par les plaines du Var à lOrient.
Frère Antoine, ermite des temps modernes, vivait il y
a encore quelques années dans le rocher-montagne de Roquebrune.
De sa grotte, par une anfractuosité de la roche, on peut
apercevoir en contre-bas, l'autoroute sur laquelle circulent,
dans les deux sens, des milliers de voitures aussi minuscules
que des modèles-réduits, et silencieuses, car là-haut
aucun bruit de la civilisation ne parvient à s'élever.
Où courent-ils donc tous ces automobilistes pressés
et ces camions qui livrent leurs marchandises ? Tout à
leurs affaires et à leurs soucis, ils ignorent que l'Estérel
qu'ils traversent les yeux rivés au compteur est un jardin
secret où poussent lentement la ciste, la lentisque, la
myrte, l'arbousier, l'asphodèle et le calycotome. Ils
en ignorent les senteurs de romarin, la fraîche ombrelle
des chênes verts au midi, le bruissement des sources. Il
n'ont pas vu la salamandre tachetée se faufiler dans les
cailloux, le lézard ocellé niché dans les
creux, la vipère sauvage alanguie au travers des chemins.
Leur coeur ne s'est pas emballé à l'envol ébouriffé
de la perdrix rouge. Ils n'ont pas plissé des yeux dans
le soleil pour suivre les tournoiements majestueux du rapace
circaète Jean-le-Blanc. lls n'ont pas entendu résonner
le brâme du cerf élaphe le long des vallées.
Ils ignorent qu'à celui qui se donne la peine d' en arpenter
les sentes, ses rochers tourmentés et âpres lui
feront faire une bien étrange découverte dans le
temps. Des roches aux formes extravagantes, aux couleurs de feu,
qui se sont figées lorsque les entrailles de la terre
se sont entrouvertes pour laisser s'échapper la lave en
fusion qui s'est épanchée dans la région.
C'était il y a environ 300 millions d'années. C'était
hier.
L'Estérel peut être
circonscrit au sens restreint, géographique ou au sens
large, géologique. C'est cette seconde vision que j'ai
adopté. J'ai retenu l'Estérel en tant que système
géologique. Cela signifie que j'ai inclu dans mon travail
le Rocher de Roquebrune, excentré vers l'Ouest, mais aussi
Pennafort, au nord du Muy, dont les gorges appartiennent au même
système que celles du Blavet, dans la région de
Bagnols-en-forêt. Alors que la géographie limite
l'Estérel à Cannes-Mandelieu à l'Est et
à Fréjus à l'Ouest, il semble logique de
considérer la rivière Argens comme la limite naturelle
Ouest entre l'Estérel et les Maures. Lorsqu'il y a 300
millions d'années les volcans ont vomi leur lave, cela
a donné lieu à des résurgences relativement
bien différenciées les unes des autres : le massif
dit de l'Estérel (Pic de l'Ours et Pic du Cap Roux), le
Rocher de Roquebrune, la zone de Bagnols-en-forêt avec
ses massifs du Rouet et de Malvoisin. Entre ces zones où
chacun reconnaîtra les caractéristiques bien typées
de l'Estérel, la civilisation et l'urbanisme ont prospéré
dans les plaines. A tel point que si je devais accompagner des
visiteurs pour leur faire découvrir les plus beaux sites
de l'Estérel, il faudrait louer un mini-bus dont les vitres
soient obturables à volonté par des rideaux opaques
lors de la traversée de ces ramassis d'horreurs : banlieues
industrielles, centres commerciaux, routes, voies ferrées,
autoroute, toutes choses dont j'ai honte qu'on les ait laissé
proliférer anarchiquement. Le progrès ? Il faut
bien qu'une région se développe, rétorquera-t-on.
Imaginons seulement, alors, la magnifique chaîne des Puys,
dans le massif central, environnée de toute cette urbanisation
comme on l'a laissé faire pour l'Estérel. Le Cantal
aussi a le droit de se développer, mais pas à n'importe
quel prix.
Parmi toutes ces abominations,
j'ai tenté de me frayer un chemin pour photographier un
Estérel idéal. J'ai dû parfois employer des
ruses savantes pour ne pas cadrer cet affreux poteau télégraphique
en béton, cette ligne de haute tension qui raye le ciel,
ce relai de téléphonie mobile fièrement
planté comme un totem. Néanmoins, je me suis refusé
à toute intervention numérique sur l'image. Ce
que j'ai photographié, tout le monde pourra le voir, tel
quel, sur le terrain. C'est l'Estérel tel qu'il existait
au XIX ème siècle ou au cours des siècles
précédents lorsque les anachorètes et les
brigands sy réfugiaient et que la maréchaussée
nosait sy aventurer. Cet Estérel idéal
existe, j'en témoigne.
le feu du magma
En empilant les ères,
les géologues jonglent négligemment avec les millions
d'années : tragiquement, nos vies n'en paraissent que
plus courtes. Je ne connais rien à la géologie.
Lorsque je suis pieds nus sur les bombes volcaniques rapeuses
du bord de mer, chauffées au soleil de midi, je sais -
intimement - que c'est hier que la lave s'est déversée.
Le temps n'existe plus. Et peu m'importent les classifications
des spécialistes. Néanmoins, je me sens comme un
devoir de livrer ce que j'ai glané dans les précis
de géologie. Ils affirment que c'est vers la fin de lère
primaire, au Permien, il y a 280 millions dannées,
que les phénomènes volcaniques se sont généralisés
en Provence et que l'apparition de l'Estérel tel que nous
le connaissons aujourd'hui a vu le jour. A cette époque,
la surface de la terre n'est peuplée que d'amphibiens
et de reptiles. Les dinosaures ne sont pas encore apparus sur
la terre. Les premières manifestations volcaniques dans
lEstérel correspondent à des coulées
de rhyolite amarante appelée aussi porphyre rouge de lEstérel.
Elles constituent la particularité de cette côte
du Trayas à Agay, avec l'éperon du Cap Roux. De
nos jours, le promeneur est saisi par le contraste qu'il perçoit
entre le vert des forêts, l'incandescence des porphyres
qui, dans le soleil couchant, donnent lillusion de coulées
de lave encore flamboyantes, et le bleu intense du ciel et de
la mer. Une palette d'une grande beauté. A la fin de cette
période dintense activité volcanique se produit
leffondrement de la partie centrale du massif de lEstérel.
Des vallées se forment avec des lacs. Au volcanisme fissural
succède un véritable volcanisme explosif avec la
formation de volcans comme ceux de Maure Vieille, de la Baisse
des Charretiers et des Collets Redons. Bien avant la fin du Trias,
la mer revient (la Provence s'était exondée - surélevée
- depuis le Carbonifère, il y a 295 millions d'années)
et les eaux commencent à envahir la région.
Il y a environ 60 millions dannées,
le volcanisme refait son apparition dans lEstérel
avec lintrusion du fameux porphyre bleu décrit
par E. Saussure en 1796. La roche, massive, de couleur claire,
bleutée ou blanchâtre, a été exploitée
dès loccupation romaine. De nombreuses carrières
se sont ouvertes, entre St. Raphaël et Agay et notamment
au Dramont. Il y a (seulement) 7 millions dannées,
la Provence va subir un énorme cataclysme : elle va basculer
dans les eaux tandis quau Nord, les reliefs de la Provence
calcaire et du pays grassois, au contraire, vont émerger
de la mer qui les avait recouverts jusqualors. Des failles
effondrent de plusieurs milliers de mètres toute la partie
du massif qui était au Sud-Est de lEstérel,
du golfe de St. Tropez à la pointe du Cap Roux constitué
de rhyolite ignimbritique. Histoire tourmentée que celle
de la Provence, tantôt émergée, tantôt
recouverte par la mer, tantôt balayée par le vent
du désert ou secouée par les tremblements de terre
et les explosions volcaniques ! LEsterellite (porphyre
bleu de lEsterel) ainsi dénommée par Aug.
Michel-Lévy en 1896, est connue depuis lAntiquité
pour son utilisation comme pierre dornement. Exploitée
en carrière, notamment au Dramont, elle a servi à
la construction de plusieurs monuments dans le midi, au pavage
de rues et à lempierrement. LEsterellite est
de couleur claire, blanchâtre ou bleutée, parfois
verdâtre. L'Abbé Papon écrit :
Dans certains endroits de la montagne le porphyre
a des taches opaques dun petit feldspath, semblables à
celles quon voit dans les urnes et les bustes de porphyre
dEgypte qui ornent la galerie de Versailles. Les colonnes
et lurne du maître-autel de Sainte Marie Majeure
à Rome sont dun porphyre semblable à celui
de lEstérel. Les restes de colonnes de la même
pierre quon voit dans le cloître de Lérins
et devant lancienne église ont dû être
taillés aux environs de la montagne. (...) A Pennafort,
on trouve aussi une mine de fer et des pierres coloriées,
approchantes du jaspe. Les unes sont blanches et rouges; les
autres blanches et violettes. On trouve des améthystes
dans le Rairan (Reyran). (Voyage de Provence).
Pourquoi l'Estérel est-il
rouge ? Les spécialistes ne sont pas tout à fait
d'accords entre eux. Selon certains géologues, cette
coloration serait due à la cristallisation doxydes
de fer libérés par une oxydation lors de certaines
conditions climatiques. Pour dautres il sagirait
des rhyolites qui se seraient dévitrifiées au cours
de très longues périodes de temps géologiques.
Dans un cas comme dans l'autre, le fer présent dans la
rhyolite une fois oxydé provoque la couleur rouge,
tandis que le fer réduit conduit à la couleur
verte (observable notamment au Cap Dramont, en face de lîle
dor). Certaines zones sont brunes ou noires. Elles sont
le résultat de la sédimentation, le milieu réducteur
ne permettant pas loxydation.
LEstérel se
compose de roches volcaniques acides, rhyolithes ignimbritiques
rouges - Cap Roux, Pic de lOurs - riches en silice, de
pyromérides, de rétinites, de tufs, de roches volcaniques
basiques (noires ou brunâtres), de roches magmatiques (de
couleur gris-bleuté) appelées porphyre bleu de
lEstérel ou esterellite et enfin de roches sédimentaires
détritiques, grès (sables consolidés), pélites
(de couleur lie de vin).
Bien que je sois à la
recherche d'un Estérel volcanique, je ne suis pas obsédé
par la nomenclature. Ne pas pouvoir coller de nom sur les choses,
minéraux ou espèces végétales, n'empêche
pas de percevoir leur beauté immédiate, la richesse
de leur palette. La science que l'on n'a pas voulu acquérir
est supplantée par l'imagination. J'imagine les cataclysmes,
les formidables explosions, les extraordinaires bouleversements
qui ont donné naissance à ces paysages tourmentés.
J'imagine les drames des animaux fuyant les laves incandescentes.
Et plus tard, beaucoup plus tard, j'imagine les hommes, regroupés
en tribus rivales, guerroyant pour sauvegarder un bout de territoire
de chasse et quelques grottes où brûle un bon feu
sur lequel les femmes rôtissent un cuisseau d'aurochs ...
au temps des Oxubii
Les premiers habitants connus
du massif de l'Estérel s'appelaient les Oxubii ! On ne
sait pas grand chose des habitants de l'Estérel antérieurement
aux Oxubii. Des vestiges d'occupation de la zone au Paléolihique,
Néolithique et au Chalcolithique ont été
retrouvés dans la région lors de fouilles archéologiques.
Sur le massif de l'Estérel, ces sites ont été
datés de 600.000 à 10.000 ans avant notre ère.
Des outils de pierre taillée, en rhyolite, remontant à
la période la plus ancienne, ont été retrouvés
près d'une ferme à Roussivau. Des silex taillés,
contemporains de la période Périgourdine (25.000
ans av. notre ère) ont été trouvés
à Gratadis. Ces outils, de même que la silhouette
rouge d'une main datée entre 10.000 et 8.000 ans av. notre
ère, peuvent être vus au Musée Archéologique
de St. Raphaël. Des menhirs ont été retrouvés
dans la région. Celui de Veyssières, gallo-celtique,
est exposé dans le jardin du Musée. Celui de Valescure
a été trouvé lors de la construction
d'un lotissement. Il a éte déplacé et érigé
en bordure de la route (D.100). Le plus beau, en place sur son
site original naturel est, sans conteste, celui d'Aire Peyronne,
dans la banlieue de St. Raphaël. Il remonte à environ
4500 ans, à l'époque chalcolithique. Il présente
plus de 200 cupules, taillées volontairement par l'homme,
sans que l'on puisse expliquer à quel rite religieux cette
pratique correspondait.
Je savais vaguement que ce menhir
se trouvait sur une ramification de la départementale
100 à peu de distance de Cap-Estérel. J'ai donc
effectué en voiture plusieurs repérages sur cette
route, au ralenti, à la recherche de ce satané
menhir. Pas la moindre indication, pas le plus petit panneau
qui le mentionne ! J'ai questionné un couple de retraités,
qui ne le connaissaient pas, mais qui m'en ont indiqué
un autre, approximativement, à quelques kilomètres
de là, dont ils avaient entendu parler (sans doute celui
de Valescure). Surprise des surprises, aprés une
carrière en activité la route s'interrompt soudainement,
comme si elle n'avait jamais été terminée.
Elle se transforme en chemin (très) vicinal, peu carrossable,
pour continuer vers l'Est en direction du vallon Vacquier et
rejoindre le cours principal de la D.100. Mon intuition finit
par me conduire dans l'officine de l'homme que je subodore être
le plus savant de la région : le pharmacien d'un centre
commercial voisin. J'ai vu juste. Il ne connait pas personnellement
le menhir d'Aire Peyronne mais, il y a 15 ou 20 ans, quelqu'un
lui a dit qu'il y en avait un, au bout de la départementale
100. Mais au bout de la départementale comment ? la
route s'arrête ! C'est là, au bout de la route,
cherchez. De retour, à nouveau, au lieu dit, je finis
par découvrir le monolithe, édifié derrière
un repli de terrain, au sommet de ce qui fut une butte aux temps
de la préhistoire, avant que le projet de cette route
morte-née ne vienne l'entailler ... pour rien.
Des Oxubii, les descendants
tardifs des hommes du chalcolithique, on ne sait presque rien,
sinon que les premiers Romains qui s'y sont frottés s'y
sont piqués. Aguerries, les légions romaines reviendront
quelques années plus tard pour les décimer. Plusieurs
traces d'occupation des Oxubii, premier peuple connu du massif
de l'Estérel, ont été identifiées.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai tout de suite aimé les Oxubii.
Peut-être cela vient-il de leur nom étrange, venu
d'ailleurs. Je les imagine hirsutes, vétus de peaux d'animaux,
sautant de rocher en rocher, sur le qui-vive. Ils commettent
des rapines par la terre et par la mer. Les tribus indigènes
celto-ligures qui occupent le Var aux IIème et Ier s.
av. J.C. sont connues et peuvent être localisées
grâce aux textes des auteurs antiques, Pline en particulier.
Il s'agit des Camactulici (région de Toulon), des Suelteri
(Maures), des Verucini (zone au nord de l'Argens), des Oxubii
(Estérel) et des Ligauni (territoire autour de Fayence).
Les territoires contrôlés par chaque tribu devaient
être très importants. Entre la deuxième et
la troisième guerre punique (201-149), les peuples de
la région ont formé une sorte de coalition pour
défendre leurs territoires contre les Romains qui poussent
toujours plus loin les limites de l'Empire. Ce sont les Celto-ligures.
Les faits darmes les plus remarquables ont eu lieu de 185
à 180 av. J.C. Ils ont été rapportés
par Tite-Live et Paul Orose. Venant de Rome, le prêteur
Laelius Baebius, qui se dirige vers lEspagne à la
tête de ses légions, sarrête dans les
Alpes-Maritimes pour soumettre les habitants de cette région.
Il sempare de la petite ville de Cimiez, qu'il saccage,
puis de Nice, qui n'oppose aucune résistance. Ayant franchi
le Var, il campe un peu à l'Ouest du fleuve, pour laisser
reposer ses troupes quelques jours avant de traverser l'Estérel
où se tenaient en observation les Oxubii, les Décéates,
les Ligaunes, les Bérites, les Nérusiens, les Gallitae,
les Triullati, les Eguitures. Tous ces peuples, que le danger
imminent avait réunis, surveillaient, des hauteurs de
lEstérel, les mouvements de larmée
romaine. Agay est connue comme un port des Oxubii, d'où
ils appareillaient pour des opérations de piraterie. Le
nom d'Agay - Agathon, en grec, Aegitna pour les Romains - dériverait
du celtique agaze qui signifie guet. Le Rastel d'Agay,
promontoire naturel culminant à 288 m., constituait un
poste d'observation idéal. Ils y établirent un
oppidum. Par une nuit obscure les tribus Celto-ligures décident
de passer à l'attaque. Profitant du sommeil des Romains
elles égorgent le général et ses troupes.
Quelques temps plus tard, les hordes tribales réservent
le même sort au consul Quintus Marcius, envoyé pour
venger la mort de Baebius. Selon Orose, elles tuent 4000 romains.
Mais en 154 av. JC, le rapport de force est inégal : Opimius
Postumius, écrase les Oxubii et les Décéates.
En 151, Aegitna est soumise. Pour prévenir toute résurgence
de la piraterie côtière des Celto-ligures qui ont
survécu en fuyant dans les montagnes, et assurer une libre
circulation terrestre sur la voie Aurélienne longeant
le littoral, les Romains libèrent en 123-122 une bande
côtière de 12 stades (2 220 m). Pax romana
! La région est sécurisée.
un travail de romain
Fréjus, Forum Julii - littéralement, la
place (publique) de Jules - a été fondée
en 49 av. JC par Jules César. A St. Raphaël les Romains
ont bâti un quartier résidentiel nommé Epulias.
L'occupation a donné lieu à l'édification
de plusieurs ouvrages architecturaux à Fréjus.
Parmi eux, l'enceinte de la ville, l'amphithéatre, le
théatre, les thermes. J'ai tourné toute une journée
dans et autour de l'amphithéatre sans pouvoir y trouver
une photo présentable à faire. Il faut savoir qu'il
n'a été totalement dégagé que depuis
les années 1960 (suite à la rupture du barrage
de Malpasset) et qu'on y donne un spectacle de corridas depuis le XIXème
siècle. A l'intérieur, autour de l'arène,
on a cru bon de dresser des palissades protectrices de couleur
rouge ... boucherie. Le tunnel à guillotine qui conduit
les animaux du camion à ... l'abattoir est également
rouge-boucherie. Comble de l'hérésie : comme l'édifice
est branlant et qu'il ne peut manifestement pas supporter le
poids et les dégradations de milliers d'aficionados
surexcités on l'a renforcé avec des moyens de pacotille,
étais par-ci, échaffaudages par-là, hâtifs
replâtrages de béton un peu partout, qui donnent
une impression de chantier perpétuellement inachevé.
Que font les pouvoirs publics, les monuments historiques ? Cet
édifice ne devrait-il pas être protégé,
proprement restauré et rendu à sa vocation première,
celle d'un vestige archéologique qui a survécu
à 2000 ans d'histoire ? Ne peut-on pas aller abattre ces
pauvres taureaux à l'extérieur de la ville ? La
recette de la feria y serait sans doute moins juteuse
...
Une construction romaine m'a
particulièrement touché. Loin de la ville, elle
se développe en pleine nature dans toute sa majesté.
On peut l'apprécier tranquillement, sentir ses vibrations,
remonter loin dans le temps. Il s'agit de l'acqueduc qui ravitaillait
Fréjus en eau potable dans l'antiquité. Les Romains
sont allés capter l'eau aux sources de la Siagnole, à
Mons (la montagne, en latin) dans le haut var à
520 m. d'altitude. L'ouvrage s'étale sur 40 km avec une
pente moyenne de 1,2 cm. par mètre.
222
La construction tantôt
aérienne, tantôt souterraine, enjambe plusieurs
vallées sur des ponts-acqueducs. Certains sont difficiles
à trouver, car la vue ne porte pas loin dans cet environnement
où la végétation sauvage a tout recouvert.
J'ai essayé d'en suivre le parcours, à partir du
Nord de Fréjus et des arches du Gargalon sous lesquelles
passe la route D.637.
223
A l'instinct, en me fiant à la configuration
du terrain, en essayant de raisonner comme avaient dû le
faire les Romains à l'époque, quelle ne fut pas
mon émotion lorsque dans un creux de vallée - à
la Moutte - je tombais sur un ensemble de cinq arches que j'aurais
pu rater tant elles étaient enfouies dans la végétation.
Il est même possible de traverser le vallon en marchant
au fond du canal antique. Plus au Nord, vers Mons, c'est la roche
qu'il a fallu entailler sur plus de 20 m. de profondeur et 50
m. de long pour que l'eau puisse s'écouler en pente douce,
au lieu-dit de "la roche taillée".
En examinant ces ouvrages, en
laissant ma main épouser les roches creusées, les
pierres taillées une à une, je me suis pris à
rêver, à essayer d'imaginer la vie qui devait régner
en ces lieux, il y a 2000 ans. Il est commun de dire que ce sont
les Romains qui ont réalisé ces ouvrages ... Qui
taillait les pierres, qui conduisait les boeufs tirant les blocs
jusqu'à ce qu'il soient scellés en place, qui construisait
les échaffaudages, qui ahanait sur les cordages en faisant
grincer les poulies ? Les Romains ? Assurément pas. Les
Romains étaient les maîtres d'oeuvre, ils dépliaient
les plans, ils prenaient les côtes, ils faisaient couler
de l'eau pour vérifier la conformité de la pente,
ils donnaient les ordres, encadrés par les légionnaires
chargés de faire exécuter le travail. A qui ? Aux
ouvriers qu'ils avaient recrutés sur place : les Gaulois.
Combien de Gaulois ont travaillé sur ces chantiers ? Combien
s'y sont estropiés, y ont perdu une main, une jambe ?
Combien ont été affalés sur des carioles
démantibulées et rendus, sans vie, à leurs
épouses ? Pour une poignée de gros sel ! Le maigre
salaire d'une journée de travail. Sur l'un des
ponts on a retrouvé une pierre sculptée représentant
le buste d'un légionnaire. Peut-être y a-t-il laissé
la vie ? On n'a pas retrouvé de pierre sculptée
à l'effigie d'un Gaulois. Autre chose encore m'est apparu
au cours de ces journées passées à essayer
de reconstituer l'histoire de ces arches perdues. Toutes ces
constructions monumentales étaient faites pour durer,
tous ces efforts qui ont demandé des années de
travail attestent de la volonté romaine bien enracinée
de rester définitivement en Gaule. Ceci peut paraître
évident mais cela ne l'était pas pour moi qui ai
toujours vu l'occupation romaine comme quelque chose de passager.
Autre haut-lieu de l'Estérel,
imprégné d'histoire et de magie que j'aime particulièrement
: la meulerie de Bagnols-en-forêt, située dans la
montagne au col de la Pierre du Coucou. A cet endroit, depuis
la plus haute antiquité - l'âge du fer - les hommes
sont venus tailler des meules pour leurs moulins à huile
et à céréales. La taille a dû se prolonger
jusqu'au XVIII ème siècle, avec une interruption
de près d'un siècle à partir de 1393, date
à laquelle toute vie a cessé dans la région
suite aux épidémies meurtrières et aux bandes
de brigands qui ont décimé les survivants. Des
meules de ryolithe de l'Estérel ont été
retrouvées dans l'épave d'un bateau coulé par
50 m de fond dans la rade d'Agay. Ce bateau de type sarrasin
appartiendrait au Califat andalou de Cordoue et daterait du X
ème siècle de notre ère.
Je me suis longuement attardé
sur ces meules abandonnées alors qu'elles étaient
quasiment dégagées de leur gangue de rhyolite.
Quel danger soudain a menacé ces tailleurs de pierre pour
les contraindre à la fuite et quel destin tragique les
a empêchés de revenir achever leur travail ? J'ai
essayé de reconstituer les difficultés du travail,
au temps où la taillerie était prospère.
Le lieu d'extraction étant situé en hauteur, les
lourdes meules une fois taillées devaient être descendues,
sans être cassées, par un étroit chemin escarpé
jusqu'au Col, probablement tirées sur des traineaux de
bois. Ensuite, elles devaient être chargées sur
des charriots conduits par des bêtes jusqu'au village de
Bagnols-en-forêt. Je me suis rendu
plusieurs fois sur le site. Au détour du chemin qui grimpe
du petit cimetière à la taillerie je suis un jour
tombé sur trois personnages étranges. Trois chasseurs
qui avaient dépassé, de loin, l'âge - canonique
- de la retraite, postés en plein milieu du chemin, dans
le plus grand silence. L'un d'eux était tellement âgé,
recroquevillé sur son fusil à deux coups, que j'avais
l'impression qu'il ne tenait pas son arme mais plutôt qu'il
s'accrochait à elle pour ne pas tomber. Les autres paraissaient
un peu plus valides, mais guère beaucoup plus. On entendait
un chien farfouiller dans le fourré vers le haut de la
colline. Avant cette rencontre, j'avais toujours trouvé
que l'endroit avait un je ne sais quoi d'inquiètant, et
ce que l'on soit en période de chasse ou non. Peut-être
parceque hormis au plus haut, là où se trouvent
les meules, la vue ne porte pas loin et que malgré soi
on redoute toujours de se trouver nez-à-nez avec les fantômes
du passé.
les mystiques au désert
La
tradition chrétienne veut que certains disciples du Christ
aient acosté en Provence dès l'an 62. Marie Jacobé,
Marie Salomé, Sarah leur servante, Marie Madeleine, Marthe,
Marcelle, Lazare le ressuscité, Sidoine, Maximin, Ruf,
Cléone et Joseph d'Arimathie étaient jetés
dans une barque dépourvue de gouvernail. Après
avoir dérivé à travers la Méditerrannée,
ils abordaient aux embouchures du Rhône. Lazare allait
prêcher à Marseille, Maximin et Sidoine à
Aix, Cléone venait à Toulon et Marie Madeleine
se retirait à la Sainte Baume, à l'Est de Marseille.
L'Estérel n'a pas voulu être en reste. Ses roches
rouges abritent de nombreuses grottes que les hommes ont occupé
depuis la préhistoire. L'une d'elle est réputée
avoir recueilli Marie Madeleine dans le massif du Pic du Cap
Roux. Une source d'eau bien fraîche sourd du rocher à
peu de distance, ce qui rend la vie envisageable, même
au plus chaud de l'été. Un culte lui est rendu
sur place, une fois par an. Des pélerins conduits par
cars entiers viennent y célébrer une messe.
En
empruntant le chemin qui grimpe dans le rocher vers le Saint
Pilon on arrive à la grotte que Saint Honorat a occupé
au IV ème siècle. Vraisemblablement l'ermite allait
chercher son eau à la source de la Sainte Baume de Marie-Madeleine.
Raymond Féraud, poète niçois du XIII ème
siècle raconte son épopée avec un enthousiasme
lyrique (La vida de Sant Honorat). Parti de Gaule avec
son frère Venance pour se rendre en Égypte puis
en Terre Sainte Honorat embarque à Marseille et remarque,
en passant, les îles de Lérins. Arrivés en
Grèce, Venance meurt. Honorat revient en Provence et se
présente à Saint-Léonce, évêque
de Fréjus. Celui-ci lui indique une caverne dans l'Estérel
où il pourra mener une vie de calme et de prière,
selon son voeu. (Quelques siècles plus tard, l'église
qui a aménagé le lieu en chapelle fera maçonner
la porte de la grotte en pierres de taille). Il y vit simplement
quelques années, se nourrissant de racines et de fruits.
Mais de trop nombreux pélerins viennent lui demander des
conseils d'ordre spirituel.
Cela
dérange sa quète de paix intérieure. Après
s'être retiré quelques temps au Thoronet, il juge
l'endroit encore trop fréquenté à son goût
et s'exile dans la plus lointaine des deux îles qu'il avait
remarqué avec son frère en partance pour l'Egypte
: Léro. Quelques compagnons, dont Caprais, l'accompagnent
dans cette aventure. L'île était réputée
inhabitable, car infestée de serpents. En quelques années
ils la transformeront en un jardin paradisiaque. En 427, selon
Cassien, la communauté était devenue un "immense
monastère" qui se developpa plus tard en une importante
et riche abbaye dont la propriété foncière
englobait entre autres Cannes et les îles d'Hyères.
Le monastère fortifié que l'on peut voir aujourd'hui
au sud de l'île date de 1073. Malgré une architecture
militaire son double cloître superposé et son scriptorium
ont été conservés.
Cette
tradition de l'érémitisme est vivace dans l'Estérel.
On y trouve de nombreuses grottes qui peuvent constituer un habitat
naturel aproprié. La mansuétude du climat, la beauté
des sites (vue mer imprenable, le plus souvent), la modicité
des loyers (quelques heures de marche hebdomadaires pour monter
sa subsistance) ont incité plus d'un solitaire à
tenter l'aventure. J'ai trouvé plusieurs de ces grottes,
la plupart abandonnées, certaines sommairement occupées
: une couche, une théière, une musette, le tout
posé bien en évidence à l'entrée
de la grotte pour signifier son état d'occupation aux
curieux et visiteurs. Dans mes diverses pérégrinations
je n'ai jamais rencontré aucun de ces ermites-vagabonds.
Peut-être se cachaient-ils en m'entendant monter ? J'avoue
n'avoir jamais trop approfondi mes visites de grottes occupées,
par respect pour eux et peut-être aussi un peu par crainte
- inavouée - de me trouver en face d'êtres, en marge
de la société, aux antipodes de notre logique ...
Guy de Maupassant a écrit une nouvelle intitulée
"l'Ermite" qui se passe dans l'Estérel. "La
vue, de là, est admirable, écrit-il. C'est,
à droite, l'Estérel aux sommets pointus, étrangement
découpé, puis la mer démesurée, s'allongeant
jusqu'aux côtes lointaines de l'Italie, avec ses caps nombreux
et, en face de Cannes, les îles de Lérins, vertes
et plates, qui semblent flotter et dont la dernière présente
vers le large un haut et vieux château fort à tours
crénelées, bâti dans les flots mêmes."
L'écrivain y raconte l'histoire d'un homme venu passer
le restant de ses jours en ces lieux désolés suite
à un inceste commis par ignorance. Parisien, amateur de
jeunes femmes, le personnage apprend que la jeune fille dont
il vient de partager la couche n'est autre que sa propre fille,
dont il avait perdu la trace depuis sa naissance.
Au
coeur du massif de la montagne de Roquebrune, un ermite moderne,
Frère Antoine, moine cistercien, a occupé pendant
une trentaine d'années tout un chapelet de grottes qu'il
a magnifiquement amenagées avec simplicité et respect
du site. Lorsque je me suis intéressé au lieu,
il l'avait quitté un ou deux ans auparavant pour aller
se retirer dans un monastère (*). Je ne l'ai donc pas
connu. Cependant, ces grottes étant devenues un objet
de randonnée pour nombre de visiteurs, voire de dévotion
pour certains, j'ai eu l'occasion de rencontrer des promeneurs
l'ayant cotoyé. Devenu une véritable légende
vivante dans les environs, chacun s'était fait un plaisir
de lui monter quelques vivres, en échange d'un aphorisme
décapant dont il avait le secret. Vous me montez du
vin pollué de la ville ... assénait-il à
un couple, en lui servant une généreuse rasade
de ce vin dans la timbale unique, celle dont il régalait
tout promeneur assoiffé.

Aux
enfants d'une petite famille génée, Antoine - "du
Rocher", comme il se désignait - offrait un paquet
de biscuits. Si, si prenez; les gens m'en montent tellement
que j'en ai jusqu'à la fin de mes jours ! Auteur de
plusieurs livres, les équipes de télévision
avaient fait le déplacement jusqu'à ses grottes.
Lui, aller à Paris pour parler de son dernier livre à
Apostrophes ? Jamais. Bernard Pivot était donc
monté sur la montagne pour réaliser l'entretien
(quelques années plus tard, en 2003, il était
invité par J.L. Delarue dans son émission Ca
se discute, sur France 2.). Deux phrases
me restent de lui. A un petit enfant de 8 ans à qui il
demande ce qu'il veut faire plus tard et qui répond :
ch'ais pas; l'ermite - songeur - réplique : ben
moi, tu vois, j'ai 80 ans et je ne sais toujours pas ce que je
vais faire plus tard. Et cette autre, d'une profonde sagesse,
piochée dans un de ses livres : l'animal emblématique
du cosmomoine (dénomination dont l'ermite se qualifie),
c'est l'araignée ! Il tend sa toile et il attend ...
Je suis monté plusieurs
fois sur le site et j'ai été frappé, à
chaque nouvelle visite, par la détérioration naturelle
du lieu abandonné mais aussi par les dégradations
humaines infligées aux modestes aménagements. D'une
semaine à l'autre, la vaisselle - conservée intacte
jusqu'alors - et les vitres étaient cassées. Nul
doute que peu à peu l'endroit retournera à l'état
de nature. Ce que n'aurait probablement pas désavoué
Frère Antoine lui-même, si peu attaché aux
choses matérielles. Mes photos sont comme un lot de consolation
: elles ont tenté d'en fixer l'esprit dans la durée,
pour notre mémoire.
Frère Antoine, le moine-ermite (à
droite). Photo Editions ALTESS
Le retour de l'ermite
Juin 2006 : une internaute, Karhuna, m'écrit que,
Swami Chandra que l'on voit sur la photo aux côtés
de Frère Antoine, voyant les dégats infligés
à sa grotte est venu avec une équipe de fidèles
pour tout remettre en état. Frère Antoine est donc
maintenant à nouveau installé dans ses murs, dans
sa grotte de Roquebrune. Il a beaucoup de projets, il parle d'un
nouveau voyage en Inde, etc. Il a donc quitté la maisonnette
de Corse du sud que des amis avaient mise à sa disposition
depuis plusieurs années (2003).
Mistral, dans Calendal,
donne vie à une mystérieuse fée Esterelle
qui parcourt ces espaces désertiques : Esterelle, âpre
ennemie - de l'homme, hantant les lieux incultes, - se couronnant
d'orties, - défendant le désert contre les défricheurs.
Il en fait, lui aussi, l'habitante d'une de ces nombreuses grottes
: La roche baille tout à coup : - par une rampe taillée
dans ses entrailles - ils descendent tous deux et se trouvent
bientôt - sous l'étrange voussure - d'une petite
grotte. En stalactites - là pleurant perle à perle,
- la voûte rappelle un temple orné de bas-reliefs.
- Voilà, fait-elle en souriant, - ami, le palais d'Esterelle."
Une note du traducteur du texte provençal, Pierre Rollet,
précise que suivant la tradition du pays, la région
était autrefois le séjour d'une fée appelée
Esterelle, qui lui a donné son nom. "Selon les actes
de St. Armentaire - ajoute-t-il - on lui offrait des sacrifices,
et elle donnait aux femme stériles des breuvages qui avaient
la vertu de les rendre fécondes". Cette légende
souligne encore la connotation stérilité-
sterilis - estérel attachée à
ces lieux depuis les temps les plus reculés.
Des hardes de sangliers levant le groin, - tu les aurais
vu grimper aux mamelons - de la Napoule, ou se vautrer tout ruisselants
- sur la grève aux bruyants galets - et ensuite courir
vers Esterelle - qui leur jette les pommes des pins - et du rouge
Estérel leur prodigue les glands. F.Mistral. Calendal
(1866)
Le mystère et le
mysticisme qui régnaient en ces lieux ont trouvé
un echo dans la ferveur populaire. Des petits joyaux de l'art
chrétien ont vu le jour. Parmi eux, quatre chapelles doivent
être retenues : St Denis(1) et la chapelle Notre-Dame(2)
à Bagnols en forêt, la chapelle de Pennafort(3)
au nord du Muy et Notre-Dame de la Roquette(4) sur le rocher
de Roquebrune.
(1). ...(2).. ..(3) .....(4)
La chapelle Saint. Denis
de Bagnols en forêt était une petite merveille de
l'art roman jusqu'en 1999, date à laquelle elle a été
bardée d'échaffaudages et restaurée en dépit
du bon sens. J'ai eu la chance de pouvoir la photographier dans
son état initial, notamment l'abside semi circulaire en
pierres apparentes qui datait du XI ème siècle.
224
Aujourd'hui, Saint. Denis
n'a plus du tout cet aspect, et j'aurais honte à la présenter
ici. Elle a été entièrement recouverte d'un
crépi moderne qui lui donne l'apparence d'un "mas"
copie d'ancien et les pierres d'origine ne sont plus du tout
visibles. La toiture a été refaite en lauzes, ce
qui n'est certes pas du plus mauvais goût, mais qui change
sa couleur d'ensemble. Devant les cyprès de gauche un
panneau a été fièrement planté pour
rappeler aux visiteurs le financement du Conseil Général
... A l'intérieur, le choeur est décoré
de fresques remontant à la fin du XVI ème siècle.
Je comprends bien qu'il ait fallu les protéger de l'humidité,
mais les Monuments Historiques auraient dû conduire cette
restauration avec un peu plus de circonspection artistique.
La chapelle de Pennafort
(assez difficile à trouver tant elle est envahie par la
végétation) est fantastique. J'aime tout en elle
: la nature qui gagne chaque année un peu plus de terrain
sur elle et son architecture complètement surréelle
avec sa coupole gréco-byzantine dont l'origine demeure
mystérieuse.
Elle est issue d'une ancienne
communauté médiévale réhabilitée
en 1857. La vierge honorée dans cette chapelle fait toujours
l'objet d'un pélerinage le lundi de Pentecôte de
la part des habitants de Callas, le village voisin. A côté
de la chapelle se trouvent les ruines d'une tour sarrasine (tour
carrée par opposition aux tours circulaires dites génoises).
L'étrange dôme de la chapelle peut être dû
à un artisan originaire de Grèce ou de Turquie.
Mosquée
Sainte-Sophie à Istanbul et ses coupoles qui ont pu inspirer
Pennafort (photo Videon Ltd.)
Au pied du Rocher de Roquebrune,
on trouve la petite chapelle de ND de la Roquette qui date du
XVII ème siècle. Elle a été reconstruite
sur les restes du couvent des Trinitaires datant du XII ème
siècle. Son état d'abandon est lamentable : toiture
éventrée, tags, dégradations diverses ...
La construction est mangée par la végétation,
aussi le seul point le plus haut pour la photographier idéalement
se trouve être sur l'autoroute (Aix-Nice). Ne pouvant m'arrêter
sur la bande d'arrêt d'urgence pour opérer, je suis
donc venu un matin, tôt, par la petite route qui longe
l'autoroute au pied du talus. J'ai allègrement franchi
le grillage de 2 m. de haut puis, me retrouvant sur le domaine
d'Escota (la société d'autoroute), posté
à deux doigts de la glissière de sécurité,
j'ai attendu que la lumière veuille bien se mettre de
la partie. Avant d'appuyer sur le déclencheur il m'a fallu
attendre l'intervalle entre deux camions, le déplacement
d'air occasionné par ces mastodontes manquant de faire
envoler mon matériel - trépied et tout le reste
- sur leur passage. Tandis que j'attendais, une camionnette est
venue se garer sur la petite route, en contre-bas. Un homme en
est sorti. Pensant qu'il s'agissait de quelqu'un d'Escota,
je me suis fait tout petit. L'homme a récupéré
les poubelles du petit parking qui se trouve à cet endroit
et a fini par me repérer. S'en est suivi un dialogue assez
cocasse, lui d'un côté du grillage, moi de l'autre
: - Qu'est-ce que vous faites-là ? - Je photographie.
- Qu'est-ce que vous photographiez ? - La chapelle. - Vous photographiez
la chapelle, là ? On ne dirait pas. (Moi, un peu agacé,
mais ne sachant à qui j'avais affaire : ) - Venez voir,
je ne touche à rien (l'appareil était fixé
sur le trépied). L'homme passe le grillage et vient coller
son oeil au viseur. - Hmm ... bon. (Intrigué par
tout ce mystère, je lui demande : ) - Qu'est-ce qu'il
y a ici, c'est une zone stratégique, militaire, il y a
un secret-défense ? (Et l'homme de me répondre
: ) - Non ce n'est pas une zone militaire, mais cette montagne
elle est à nous, nous sommes plusieurs propriétaires-paysans
qui possédons le Rocher de Roquebrune, et on en a marre,
les gens viennent de partout dans le monde, ils font des photos,
là-haut il y a des oiseaux très rares, ils font
des bouquins, ils gagnent de l'argent sur notre dos, et nous
... rien. - Moi je ne photographie pas les oiseaux, je photographie
la chapelle. - Ca, la chapelle elle n'est pas à nous ...
elle appartient à la commune de Roquebrune sur Argens,
finit par lâcher l'homme, comme à contre-coeur.
La
Chapelle N.D de la Roquette à Roquebrune (avec, en fond,
les rochers qui appartiennent au Monsieur ...)
un repaire de brigands
Au XVIII ème siècle,
l'Estérel servit de refuge à celui qui fut surnommé
par l'admiration populaire le "Robin des bois" provençal
pour ses actes de brigandage : Gaspard de Besse. Né en
1757 à Besse sur Issole, Gaspard Bouis de son vrai nom,
écumera la région d'Ollioules à Nice, excellant
dans les attaques de diligences transportant percepteurs ou riches
voyageurs qui n'auront pas pris la précaution de s'encadrer
d'une solide escorte. "Passer le pas de l'Esterel",
expression encore employée par les vieux habitants de
La Bocca était de sinistre renommée. En provençal
Estereou est d'ailleurs synonyme de coupe-gorge : aco
es lou pas de l'estereou : ce qui se traduit par "c'est
là un vrai coupe-gorge"...
La légende qui marqua
l'entrée de Gaspard de Besse dans la clandestinité
colporte deux versions. Suivant l'une ce serait en aidant un
évadé du bagne qu'il prit le maquis, devint son
complice et finit par former une bande de hors-la-loi. Suivant
l'autre, une nuit alors qu'il s'amusait avec des amis dans une
petite auberge, après avoir trop bu, il signa involontairement
son engagement dans la maréchaussée. Le lendemain,
retrouvant sa lucidité et réalisant ce qu'il avait
fait, il déserta et partit se cacher dans les montagnes
avec ses amis. Sa devise était : "Effrayez, mais
ne tuez jamais". Son QG aurait été une grotte
du Mont Vinaigre. Arrêté dans les Maures en juin
1779 il s'évade moins d'un an après, grâce
à la complicité de la fille du geôlier de
la prison de Draguignan. On lui attribue aussi la libération
d'une colonne de galériens qui viendront grossir les rangs
de la bande. Séducteur, rigolard, il épargne les
petites gens qu'il arrête par inadvertance, allant jusqu'à
leur distribuer des subsides, ce qui lui vaut son surnom de Robin
des bois. L'auberge des Adrets (sur l'actuelle Nationale 7) est
son centre d'information. C'est un relais de poste, un passage
obligé, où les voyageurs s'arrètent pour
laisser reposer leur monture ou pour en changer. Face à
l'auberge, les bâtiments abritent le fourrage et les équipages,
soit 40 chevaux et 8 paires de boeufs. Un "espion"
anonyme de la bande de Gaspard repère les voyageurs argentés
: il lui suffit d'aller prévenir le restant de la troupe
au galop. Les diligences suivaient alors le chemin (GR51) qui,
partant de la N7 au carrefour du logis de Paris, passe devant
la maison forestière du Malpey. Une embuscade est tendue.
Les voyageurs sont détroussés, surtout les collecteurs
d'impôts que Gaspard de Besse affectionne particulièrement.
Les Romans de Jean Aicart, Un bandit à la française
: Gaspard de Besse, raconté aux poilus de France,
1918 et Gaspard de Besse : ses dernières aventures,
1919 retracent son épopée. Jacques Bens a aussi
écrit un roman intitulé Gaspard de Besse,
en 1986. En 1934 André Hugon avait consacré un
film sur ce sujet avec Raimu.
Gaspard de Besse, le film d'André Hugon
(1934) d'après le roman de Jean Aicard
Trahi par l'un des siens, il
fut arrêté dans une auberge, à la Valette
du Var, alors qu'il était en visite chez son ami
Augias évadé des galères. Condamné
à mort le 25 octobre 1781 il fut conduit sur l'échafaud
de la place d'Aix-en-Provence (certains parlent du supplice de
la roue) à l'âge de 24 ans. Récemment le
dessinateur de BD Behem, a créé "Gaspard de
Besse", nominé pour le Prix Alph'Art Jeunesse 9-12
ans au Festival d'Angoulême 2001, une oeuvre que lui a
commandé la mairie de Besse sur Issole afin de faire connaître
le personnage aux jeunes générations.
Le 13 février 2006 France 2 a diffusé un
film de Benoît Jacquot "Gaspard le Bandit", dans
lequel Jean-Hugues Anglade incarne le personnage principal. Benoît
Jacquot et son scénariste Louis Gardel se sont appuyés
sur le roman "Gaspard de Besse" de Jacques Bens en
y apportant quelques innovations : ils ont décidé
de vieillir Gaspard et de s'inspirer des "Contrebandiers
du Moonfleet" de Fritz Lang en introduisant un jeune homme,
Antoine, auquel Gaspard transmet son savoir ...
le débarquement de 1944
Lors
de la seconde guerre mondiale l'Estérel fut le théatre
d'une opération militaire décisive puisqu'elle
devait précipiter le repli et la reddition de l'occupant
nazi. Initialement, le nom de code américain que les alliés
avaient choisi pour le débarquement en Provence était
Anvil (l'enclume). Il devait se dérouler en même
temps que celui de Normandie, le 6 juin 1944, qui s'intitulait,
lui, Hammer (le marteau). La stratégie consistait
à prendre les Allemands en étau entre le marteau
et l'enclume lorsqu'après ces deux débarquements
la jonction se serait opérée quelque part au milieu
de l'héxagone obligeant l'occupant à se replier
ou à se scinder en deux entre l'est et l'ouest. Des retards
pris en Italie, dans les combats pour libérer Rome qui
ne tombera que le 6 juin 1944, améneront les alliés
à séparer les deux opérations. Le débarquement
en Normandie était alors baptisé Overlord
et celui de Provence Dragoon. L'opération prévue
pour le 15 août 1944 dans le midi visait à prendre
pied sur 70 km de côtes entre Cavalaire et Agay pour reconquérir
Toulon et Marseille dont les ports étaient précieux
pour une arrivée massive des alliés. 250.000 hommes
au total ont été affectés au débarquement
en Provence sous l'autorité du général US
Patch, commandant la VII armée. Une bonne partie des troupes
revient d'Italie. Le matériel amphibie a été
récupéré sur les côtes normandes via
Gilbratar. Les opérations de sabotage de la part de la
résistance Française s'intensifient dans le sud
: dynamitage de deux voies ferrées et de deux ponts routiers,
de cinq tronçons de voie ferrée et de deux tronçons
câblés. Il faut signaler que depuis plusieurs jours
déjà, les Allemands ont repéré une
agitation anormale qui règne en méditerranée.
Le Colonel Manfred Kehrig, Directeur
des archives militaires de la République
Fédérale dAllemagne, écrit :
Dans la journée du 14 août,
la certitude se développa à l'état-major
19 (Allemand) qu'un débarquement
allié était imminent à l'est du Rhône,
après que la reconnaissance aérienne allemande
eut signalé, le 12 août 1944, la découverte
de deux convois de 75 à 100 véhicules terrestres
et bateaux de guerre devant Ajaccio, en Corse, et l'occupation
de la baie et du port de la ville par d'importantes capacités
de transport et forces navales. Le soir du 14 août, à
18 h 05, l'armée de l'air signala le départ de
cette flotte d'Ajaccio en direction du nord-ouest. L'état-major
19 informa immédiatement ses unités du débarquement
attendu pour le 15 août, lequel, selon ses calculs, pourrait
avoir lieu à l'est du Rhône aux premières
heures du jour ou à l'ouest du Rhône dans l'après-midi,
cette dernière possibilité restant la plus improbable.
A 21 h 50, la 6e Flottille de sécurité occupa la
zone allant de Giens à Antibes ; une heure plus tard,
la flotte de débarquement ennemie fut repérée
pour la première fois au sud de Toulon. Le 15 août,
à partir de 00 h 25, des messages parvinrent continuellement
au sujet l'approche de la flotte de débarquement ; à
02 h 25, les premières tentatives de débarquement
eurent lieu de part et d'autre du Cap Nègre ...
Dans
la nuit du 14 août, un commando d'une trentaine de français
prend pied au Trayas. Ils sont repérés. Les fusées
allemandes trouent la nuit et éclairent la scène
comme en plein jour. Mais l'ennemi ne réagit pas. Le commando
bondit sur les premiers reliefs de l'Estérel. Le terrain
est truffé de mines. Le lieutenant Auboyneau tombe le
premier. Puis ce sont ses hommes qui seront déchiquetés
les uns après les autres. A 1h.30 trois régiments
américano-canadiens débarquent sur les îles
d'Hyères. A 1h.50, au cours de l'opération codée
Ferdinand, cinq C-47 venus de Corse larguent 300 mannequins
sur La Ciotat pour faire diversion. A 4h.30, 400 avions venus
d'Italie lachent 10.000 parachutistes anglais et américains
avec jeeps et canons, à l'arrière de la zone de
débarquement, entre Saint Tropez et Fayence. Puis le jour
se lève sur l'armada alliée qui barre l'horizon
sur des kilomètres comme d'une ligne noire. Les bombardiers
couvrent d'un tapis d'acier fortins et casemates. Les canons
des navires de guerre entrent en action. Seize mille obus tomberont
en deux heures recouvrant cette partie de la Côte d'Azur
sous un déluge de feu. A partir de 8 h. les barges chargées
d'hommes, chacune pouvant en contenir 120, s'élancent
vers les plages du Cap Nègre, de Cavalaire et de Sainte
Maxime. Elles appartiennent à la 36ème Division
d'Infanterie du Texas de l'armée Américaine sous
les ordres du Général Dahlquist. Plusieurs d'entre
elles sont coulées sous un feu intense près d'Antheor
parmi d'autres bâtiments importants comme
le Landing Ship Tank.
Les
objectifs visés par le débarquement sont la presqu'île
de Saint-Tropez, le cap des Sardinaux,
Val d'Esquières et Saint-Raphaël.
Du côté de Fréjus-St. Raphaël la résistance
est très forte. Les alliés demandent l'appui de
93 bombardiers pour saper la défense allemande. Les dragueurs
de mines nettoient la zone sur une bande côtière
de 500 m. Deux équipes de démolition débarquent
et entreprennent l'ouverture de passages jusqu'à la plage.
Mais devant l'impossibilité de détruire les obstacles
sous-marins l'Amiral Lewis transfère le débarquement
de cette zone au Dramont à l'est et à la Nartelle
à l'ouest. A 10h.30 les forces d'assaut abordent sur les
plages du Dramont.
A 15 heures les troupes débarquent
à Saint-Raphael. La résistance allemande commence
à faiblir. A 17h30 Saint-Tropez est libéré.
A 18h l'Etat-major allié installe
son P.C. à Saint-Tropez libéré par les parachutistes
américains et la brigade F.F.I. des Maures. Au soir du
jour J du débarquement en Provence, le bilan est positif.
Les alliés ont établi une solide tête de
pont. Mais les Français devront attendre jusqu'au 16 août
au soir pour toucher la terre de France. La première
armée Française avec la Garbo Force de De
Lattre de Tassigny débarque à son tour.
Elle est composée de troupes coloniales et de soldats
volontaires ayant rejoint les F.F.L après la débâcle
de 1940.
225
Au
total 4000 hommes - Américains, Canadiens, Anglais, Français
- ont laissé leur vie sur ces plages pour reconquérir
la Provence et poursuivre la libération de la France entamée
avec le débarquement de Normandie. Une barge US a été
laissée en souvenir de ce moment sur la plage ouest du
Cap Dramont, à peu de distance du petit port du Poussaï.
le barrage de malpasset
Je suis allé plusieurs
fois sur le site de Malpasset au bout de la D.37 après
les anciennes mines de Boson. Il faut franchir le Reyran à
gué, à pied ou en voiture (une trentaine de cm)
puis se garer un peu plus loin sous le pont de l'autoroute. De
là, on part au fond du vallon jusqu'aux vestiges du barrage.
Plus de 40 ans après, c'est encore la même impression
de désolation et d'apocalypse qui règne ici. Des
morceaux du barrage jonchent le parcours. Des blocs de béton
de la dimension d'une maison de 2 étages qui laissent
échapper des ferrailles torturées et rouillées
se dressent vers le ciel. Le vallon est assez encaissé
et l'on imagine sans peine la puissance inouïe des 50 millions
de mètres cube d'eau qui se sont déversés
ici lorsque le barrage a cédé emportant tout sur
son passage jusqu'à la mer, habitations, hommes, animaux
...
226
Un homme s'est trouvé
en toute première ligne de cette catastrophe. Il s'agit
d'André Ferro, le gardien du barrage de Malpasset. Sa
maison se situait à 2 km et demi en aval. Ce soir-là,
le 2 décembre 1959 à 20 h.50. il vient de rentrer
d'une tournée d'inspection au barrage. Tout semble normal.
Habituellement il va contrôler le niveau du lac trois fois
par jour. Il veille à ce que la côte 95 ne soit
pas dépassée. Il y a deux jours la côte a
déjà atteint le niveau 98 du fait des fortes précipitations
qui s'abattent sur la région depuis une quinzaine de jours.
Jamais le lac, long de 18 km, large de 3 km par endroits, n'a
été aussi plein. Dans ce cas il téléphone
au Génie Rural de Toulon qui lui donne le feu vert pour
"faire un lâchure". Il ouvre la vanne du déversoir
au pied de l'édifice qui mesure 60 m. de haut. 90 mètres
cube d'eau par seconde s'échappent du barrage. Dans 3
heures ce seront 300.000 mètres cube qui auront dévalé
les pentes du Reyran. Le niveau du lac n'aura baissé que
de 3 cm. Mais ce 2 décembre il sait que le barrage est
plein jusqu'au débordement malgré la vanne du déversoir
ouverte au maximum. Il est inquiet. Il s'apprète à
remonter au barrage pour s'assurer que tout est normal ... Il
est 21 h.13.
C'est à ce moment qu'il
entend "comme une sorte de grognement d'animal",
un craquement sinistre. Le sol vibre sous lui. Tout de suite,
le gardien comprend. Il crie : "Le barrage ! Vite ! Tout
va s'écrouler ! " Saisissant son petit garçon
déjà couché, il s'élance suivi de
sa femme vers le haut de la colline. Au-dessous d'eux, ils voient
déferler une première vague de 60 mètres
de haut qui a jailli du barrage et qui s'engouffre dans la vallée
du Reyran que franchissent, à peu de distance, les tronçons
de l'autoroute A8 en construction. Un paysan témoigne
: "J'étais chez moi au deuxième étage,
j'ai vu arriver la trombe d'eau qui me dominait de plusieurs
dizaines de mètres, encerclant la maison. Les murs ont
tenu. Quelques secondes plus tard, elle était passée,
mais le flot continuait à couler, dans lequel je pouvais
tremper mes mains. Au loin, la vague progressait à la
vitesse d'un cheval au galop et je voyais sur la route les phares
des voitures bousculées et traînées comme
des fétus de paille." Dans la vallée du
Reyran, en quelques secondes, 53 maisons sont détruites.
Il y a déjà près de 120 morts. Sept minutes
après la rupture du barrage, plusieurs millions de mètres
cubes d'eau et de boue envahissent les quartiers ouest de Fréjus
et se répandent dans la plaine. Dans une maison située
entre la route et la voie ferrée, un couple est réveillé
par le vacarme. La femme, assoupie, murmure : "C'est
le train." Le mari se lève, ouvre la fenêtre:
"A la place du train, et presque aussi vite que lui,
j'ai vu passer un arbre, un camion et des tonneaux entraînés
par un courant furieux qui montait presque aussi vite que du
lait dans une casserole." Les passagers du rapide Riviera-Genève
ont eu de la chance. Il s'en est fallu de peu que le train ne
déraille. Dix secondes après son passage en gare
de Fréjus, la déferlante arrache la voie ferrée
sur 2,5 km. Dix minutes après la rupture du barrage, la
vague atteint le centre de Fréjus totalement privé
d'électricité et de téléphone depuis
déjà 10 minutes, lorsque les deux centrales ont
été emportées par les eaux. Le gradé
de permanence à la gendarmerie s'est précipité
chez le curé : "Faites sonner le tocsin !"
Pendant que le tocsin retentit, la vague emporte tout sur son
passage. Les habitants qui le peuvent encore fuient. Les survivants
témoignent : "Dès que le tocsin s'est mis
à sonner, sans hésiter, j'ai poussé ma femme
dans la voiture et j'ai démarré. La vague nous
a rejoints et nous a projetés contre un mur.";
" J'étais couché avec ma femme quand un
voisin a cogné à la porte." "Malpasset
a cédé, a-t-il crié, l'eau arrive.";
"Nous entendions déjà le grondement de
la vague. Dans la rue, nous avons découvert une file ininterrompue
de voitures qui cherchaient à fuir dans la direction de
Saint-Raphaël. Nous avons tout abandonné et nous
sommes partis. Nous avons vu des gens qui, comme nous, avaient
juste pris le temps d'enfiler un pardessus sur leur pyjama."
Un quart d'heure après l'explosion du barrage, la vague
a atteint la mer. Elle n'a plus qu'une hauteur de 2 mètres
mais balaie encore une demi-douzaine d'avions de la base aéronavale.
A 21 h 40, la vague s'est perdue dans la mer, charriant toutes
sortes de débris et des dizaines de cadavres. Plusieurs
semaines après on connaîtra le bilan du cataclysme:
381 morts dont 135 enfants, 107 disparus, 1881 familles sinistrées,
104 maisons entièrement détruites, 700 endommagées.
La catastrophe laissera 79 orphelins désemparés
à la veille de ce Noël 1959.
Pourquoi cette catastrophe ?
Il faudra plusieurs années
d'enquête, deux rapports d'experts et de contre-experts
pour tenter de déterminer les responsabilités du
drame. Immédiatement un nom s'impose aux esprits, celui
d'André Coyne, l'ingénieur qui a conçu et
calculé l'ouvrage. Mais Coyne est très expérimenté.
Il a construit des centaines de barrages. L'entreprise chargée
des travaux, une trentaine. On incrimine la minceur de ce barrage
qui appartient à la catégorie des barrages dits
"à voûte mince". Le barrage de Malpasset
mesurait 6,50 m d'épaisseur à la base et 1,50 m
au sommet pour une hauteur de 60 m. Pour le comparer à
un ouvrage similaire, celui de Génissiat mesurait 100
m à la base et 9 m au sommet pour une hauteur de 104 m.
L'ingénieur Coyne avait opté pour un barrage à
voûte mince parceque c'était le plus fiable de tous
: "C'est une chose rare et sans doute unique dans l'art
de bâtir qu'un type d'ouvrage qui n'a jamais lâché,
dit-il. Malgré certaines apparences contraires,
la finesse et la légèreté des formes, les
fatigues élevées, la preuve est faite que le barrage-voûte
est le plus sûr de tous." Il avait toutefois émis
certaines réserves : "Le barrage-voûte est
une solution à écarter quand on craint si peu que
ce soit l'instabilité des rives, le risque d'éboulement,
la détérioration par l'air, la pluie, le gel, etc."
Les rives, tout se serait donc joué là ! Le barrage-voûte
appuie énormément sur les rives. En 1955 un universitaire
grenoblois a publié une étude dans laquelle il
écrit : "Le service du Génie rural construit
en ce moment un grand barrage voûte pour créer sur
le Reyran une retenue. Cet ouvrage est fondé sur des gneiss
micacés très altérés et tout à
fait impropres à la fabrication du béton."
En 1963, les envoyés spéciaux du journal Paris-Presse
écrivaient à la fin du mois de décembre
: "Les roches d'appui étaient fissurées
et inclinées vers l'aval. Des pluies exceptionnelles avaient
modifié la structure géologique. L'entreprise chargée
de la construction de l'autoroute au pied du barrage a fait exploser
des charges de plus de 350 kg de tolamite. Il n'y a pas eu de
malfaçons techniques." Au cours de son enquête
pour le Monde du 3 Décembre 1959, le lendemain
du drame, le journaliste Henri de Virieux écrit que la
rupture aurait pu être la conséquence des vibrations
provoquées par des tirs de mines lors de la construction
de l'autoroute Estérel-Côte - d'Azur à deux
kilomètres en aval du barrage. Et puis il y a le témoignage
d'André Ferro, encore plus accablant. Evoquant les tirs
de mines sur le chantier de construction de l'autoroute, il déclare
: "Il y avait des secousses terribles. Je voyais bouger
l'eau du lac au moment du tir. Je suis allé le dire sur
le chantier : vous tirez des charges à 80 mètres
de l'appui gauche du barrage." Or c'est bien l'appui
gauche qui a lâché. La roche, quoique de qualité
médiocre, était théoriquement suffisamment
solide pour résister à la poussée. Mais
une série de failles sous le côté gauche
du barrage, "ni décelées, ni soupçonnées"
pendant les travaux de prospection, mais constatées postérieurement
à la rupture du barrage, ont fait qu'à cet endroit
la voûte ne reposait pas sur une roche homogène,
selon le rapport des experts. Les vibrations des tirs de mines
ont-elles causé l'affaiblissement de l'appui gauche ?
Cet affaiblissement est-il dû à une cause naturelle
d'ordre hydro-géologique tel que des infiltrations d'eau
? On ne le saura sans doute jamais vraiment. L'arrêt de
la Cour de cassation a néanmoins conclu en 1967, après
maintes procédures, qu'" aucune faute, à
aucun stade, n'a été commise". Ce qui
a fait dire que "la nature avait préparé
un véritable piége" ... La tragédie
de Malpasset s'est ainsi refermée : 450 morts et pas de
coupable. D'un ouvrage humain, conçu, calculé et
construit par des hommes on a voulu faire une catastrophe naturelle
pour laquelle on ne pouvait relever aucune responsabilité
humaine.
tintin et l'île d'or

En
face du Cap Dramont et du port du Poussaï se trouve l'Ile
d'Or. C'est en 1897 que létat mit en vente
aux enchères publiques lIle, qui - selon Maupassant
- doit son nom à sa couleur (Sur l'Eau). L'adjudication
est prononcée en faveur de Monsieur Sergent, architecte,
au prix de 280 francs. Mais au cours d'une partie de cartes bien
arrosée, partie dont l'île est l'enjeu, elle change
de main : l'excentrique Docteur Auguste Lutaud en devient propriétaire.
Il y fait édifier une tour sarrasine et en 1912 au nez
et à la barbe du concert des nations, il s'auto proclame
"Roi des Roches battues par les flots"
: Roi de l'île d'Or, sous le nom dAuguste
1er. Il frappe monnaie, émet des timbres et organise une
fastueuse réception pour l'inauguration de son royaume
le 25 septembre 1913.
Deux de ces timbres ont été
retrouvés par un collectionneur sur des cartes postales
de 1910 et 1922 oblitérées à St. Raphaël
et Nice. Les timbres représentent la tour sarrasine et
portent l'inscription Insula Aurea (île d'Or en
latin) en bas et une inscription en arabe en haut (on le devine
sur ces reproductions de mauvaise qualité). A sa mort,
en 1925, l'urne contenant les cendres de Sa Majesté Auguste
fut scellée dans un rocher de l' île, face au sud.
Elle s'y trouve toujours. Pendant la guerre la tour a été
pillée et lors du débarquement de 1944 un incendie
l'a ravagée. Dans les années cinquante, il n'en
subsistait plus que les quatre murs extérieurs. En 1961,
François Bureau, ancien officier de marine, achetait l'île.
Il faisait reconstruire l'intérieur de la tour, aménageait
un débarcadère, apportait de la bonne terre et
y fit pousser des plantes grasses. Tous les jours, il faisait
le tour de son île à la nage. Il est mort le 16
août 1994, à 76 ans, au cours de sa séance
de natation. Ses cinq enfants et seize petits enfants continuent
à venir passer leurs vacances sur lIle dOr
qui est toujours une île privée.
La
silhouette déchiquetée de l'Ile d'Or a inspiré
à Hergé le décor d'une de ses BD, L'île
noire.
..... ....
Trois couvertures d'Hergé
L'histoire ne se passe pas en
méditerrannée mais en Ecosse. Voulant aider un
avion en difficulté, Tintin se fait tirer dessus. Poursuivant
ses assaillants, le célèbre reporter se retrouve
sur une île rocheuse sur laquelle un manoir isolé
a été édifié. La rumeur a répandu
le bruit qu'une bête mystérieuse en a fait son repaire.
En fait l'île abrite une bande de faux-monnayeurs. Après
diverses péripéties, Tintin mettra fin à
leurs activités et révelera au grand jour la véritable
nature de la bête.
Un internaute m'écrit : "Bonjour, Je suis Raymond
Magnan, né le 22 mars 1940 jour de tempête parait-il,
je ne m'en souviens pas, sur la plage de Camp Long dans ce qui
était l'Hôtel Robinson. Vous commettez un oubli
sur l'incendie de la tour de l'Ile d'Or, incendie dont je me
souviens très bien. Peut être avait-elle brûlé
lors du débarquement, en effet après la libération
elle était vide et en mauvais état. Mais, je ne
me souviens plus de l'année exacte, elle a aussi été
incendiée par une maladresse lors d'un feu d'artifice
un quinze août. Déjà à l'époque!
Je ne retourne plus qu'à contre coeur là bas, bien
que la maison de famille soit toujours là. Pas à
cause des incendies, mais de ceux qui les exploitent. Pourriez
vous raconter l'histoire des pinèdes qui couvraient les
collines derrière le Dramont et Camp Long et qui ont brûlé
dans les années 56 et suivantes, libérant ainsi
les terrains qui ont servi à construire plusieurs lotissements
puis Cap Estérel en toute contradiction avec la loi "Littoral"
qui existait déjà. Et en faisant disparaître
les vestiges romains et pré romains qui s'y trouvaient:
des traces d'ornières sur le chemin étaient là
où est le golf actuel, elles marquaient peut-être
le chemin des chariots qui chargeaient les pierres des carrières
(comme aux Caous?) sur des navires à l'abri dans la rade
d'Agay, au Pourousset, une svastika gravée sur une roche,
les accumulations et les lignes de pierres vers le menhir d'Ayre
Péronne, etc.. Il y avait déjà eu un précédent
avec la disparition du menhir de Vaissiéres pour faire
la place au camping caravaning. Curieusement les zones qui viennent
de brûler sont en limite des grands lotissements (Valescure,
la Bouverie et d'autres) et la disparition des arbres va permettre
d'étendre les zones constructibles. Regardez la carte.
Merci pour vos magnifiques photos.
PS : Mon grand père croyait que les cupules sur
le menhir représentaient des
constellations. On peut y voir la grande ourse sous un certain
éclairage, je
ne sais plus à quelle heure. J'ai essayé de l'illustrer
sur la photo jointe.
Je vous joins également une aquarelle du menhir
peinte par mon grand-père dans les années 30 :
Raymond Magnan, le 2 août 2003."
l'estérel, terre de cataclysmes
En
commençant cette présentation je disais que se
promener dans l'Estérel c'est sentir toute une histoire
tumultueuse et tourmentée encore présente. Les
quelques rappels historiques donnés dans les pages qui
précèdent ont contribué à le montrer,
je l'espère. L'Estérel n'est pas une terre de tout
repos. J'ai toujours l'impression que l'apaisement n'est que
temporaire et qu'à chaque instant de nouveaux cataclysmes
peuvent s'y déclencher. On y sent le volcanisme sournois
qui ne demande qu'à resurgir, les Oxubii dont les ombres
furtives se faufilent derrière les rochers, les Romains
qui tentèrent, orgueilleusement, de les soumettre, les
épidémies, les destructions, les guerres. Même
les pacifiques ermites ont été imités par
les brigands de grand chemin en élisant domicile dans
ses grottes pour préparer leurs attaques. Le "vent
aigre" passe sur ses hauteurs, s'insinue dans ses anfractuosités
et balaie les rumeurs des histoires anciennes. Les hommes ont
donné son nom, Vinaigre, au point culminant du
massif, pour rappeler que tout est chimérique sur cette
terre, que tout passe, comme "l'homme aux semelles de vent",
cher à Rimbaud. Il reste une terre inhospitalière,
ou seuls quelques marginaux ont pu survivre. Repaire de brigands
c'est un aussi un point de repère. C'est un refuge pour
l'imaginaire, une sorte de no man's land posé sur
une côte d'azur factice. C'est une enclave de nature et
de fantasmagories. C'est une chance que de tels espaces de liberté
existent encore. Puissions nous faire tout notre possible pour
les préserver.
l'exemple du parc du yellowstone
un jardin secret
le feu du magma
au temps des Oxubii
un travail de romain
les mystiques au désert
un repaire de brigands
le débarquement de 1944
le barrage de malpasset
tintin et l'île d'or
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